Le problème de l’« Universalisme » dans les arts de la scène en Europe : La fragilité du privilège
- Zorybel Garcia
- hace 4 días
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Il y a quelques jours, j'ai reçu un commentaire sur Instagram à propos de mon atelier « Body in Resistance ». Un artiste de cirque remettait en question ma démarche, arguant qu'il s'attendait à ce que la culture, comme la musique, etc soit un « langage universel », libre de toute étiquette de religion, de race ou de genre.
Je lui ai répondu et puis je me suis arrêtée un instant et je me suis dit qu'en tant qu'artiste migrante survivant en Suisse, je me retrouvais soudainement dans le rôle d'une prof d'histoire! Et je ne juge pas seulement cette personne, mais de grâce : cherchez sur Google, écoutez un podcast, faites des recherches ! Sa posture reflète une réalité commune, particulièrement dans des contextes comme la Suisse, où l'on croit qu'en n'ayant pas été une puissance coloniale directe, on est exempt de ces logiques. On pense que les arts de la scène habitent un limbe où nous sommes tous « simplement humains ».
Je suis navrée de vous le dire, mais ce terme, « Universel », me donne la nausée.
Nous avons l'habitude de penser que l'universel est ce qui nous unit tous. Pourtant, d'un point de vue critique, l'« Universalisme » a été historiquement une construction européenne conçue pour hiérarchiser. Quand on nous vend l'« Histoire Universelle », nous lisons généralement l'histoire de l'Europe. Quand nous admirons l'« Art Universel », nos regards se tournent presque exclusivement vers les musées de Paris, Londres ou Berlin.
Dire que « nous sommes tous égaux » ou que « l'art n'a pas de frontières » est très joli sur une brochure, mais c'est un mensonge violent lorsque le contexte est ignoré. Pouvons-nous dire que « nous sommes tous égaux » aux Palestiniens ? Ou à ceux qui créent depuis la résistance dans le Sud Global ?
Si mes valeurs sont les seules « universelles », alors quiconque crée à partir d'une autre cosmovision — qu'elle soit andine, caribéenne ou africaine — est perçu comme quelqu'un de « retardé », d'« exotique » ou ayant besoin d'être « civilisé » pour s'adapter aux standards du marché mondial. L'universalisme européen s'est imposé en faisant taire le succès, la beauté et le progrès des autres.

En tant que fidèle disciple d'Enrique Dussel, ma proposition n'est pas la haine de l'européen ; il s'agit plutôt de retirer à l'Europe son trône de « vérité unique ».
C'est ici qu'intervient la Pluriversalité. Contrairement à l'universalisme, qui cherche à ce que nous soyons tous des copies d'un même modèle, la pluriversalité propose un monde où plusieurs mondes peuvent exister. Par exemple:
C'est reconnaître que les "Lumières françaises" ne sont qu'une forme de connaissance, et non la seule.
C'est donner la même valeur épistémologique et esthétique à un tambour des côtes vénézuéliennes qu'à un opéra allemand.
C'est comprendre que le corps en scène a toujours une histoire, un territoire et une charge politique.
L'art n'est pas un langage universel ; c'est un langage situé. Et ce n'est que lorsque nous accepterons que nos différences de race, de genre et d'origine sont ce qui donne sens à notre résistance, que nous pourrons commencer à parler d'un véritable dialogue.
Moins d'« universalisme » et plus de lecture, plus d'écoute et, surtout, plus d'humilité pour reconnaître que l'art européen n'est pas le nombril du monde.


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